Le livre Blanc de l'écoconception des jeux de société

L'UEJ (union des éditeurs de jeux) est un organisme qui rassemble nombre d’éditeurs de jeux de société, créé début 2016 et présidé par Mathilde Spriet (Gigamic). L’UEJ organise une dizaine de commissions dont une dédiée à l’éco-conception (EC) et la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). Les membres de cette commission sont les éditeurs Bioviva, Blam! (responsable commission), Bragelonne Games, Game Flow, Gigamic, Le droit de perdre, Studio Lumberjacks, ...etc. (je n'ai pas la liste complète !).


La commission EC-RSE a fait réalisé une étude (Le livre Blanc de l'écoconception) par un prestataire extérieur spécialisé en matière environnementale. Cette étude fournit des données importantes sur la dimension environnementale de notre loisir. Elle donne également des pistes d’action aux éditeurs et aux distributeurs pour réduire l’impact environnemental de leur activité. En toute transparence, ils ont accepté de me la faire parvenir et je vous en livre ici ma lecture.

« Le jeu de société est moins émetteur de CO2 comparé aux nombreuses autres pratiques de divertissement »


Le rapport compare la pratique du jeu aux loisirs numériques et conclu au faible impact environnemental de la pratique du jeu de société.


Les loisirs numériques sont en effet très émetteurs de Co2. Néanmoins, la comparaison avec une activité sportive ou des loisirs créatifs auraient été plus pertinentes mais les chiffres sont certainement difficiles à trouver s’ils existent.


Le rapport propose également une comparaison avec l’usage d’un véhicule. Produire un gros jeu équivaut à 41 km avec une petite voiture. Il est intéressant de redonner ces ordres de grandeur et effectivement l’usage de la voiture a un très fort impact sur les émissions carbone. Néanmoins, il me semble que sont comparées deux choses différentes : la production (d’un jeu) et l’usage (d’une voiture). La production d’un véhicule neuf équivaudrait à 720 kg de CO2 rejeté tous les 10000 euros dépensés (source : caradisiac). La production d’une Peugeot 208 émet donc environ 1 tonne de Co2 pour le modèle de base. Sur le plan de l'usage, la pratique des jeux de société peut nous interroger : combien de kilomètres sont parcourus en voiture par les joueurs pour se retrouver autour d’une table ? Si 4 joueurs font chacun un aller de 5 km environ, ils vont rejeter autant de carbone que pour produire un gros jeu. Et je ne vous parle pas de ceux qui choisissent d’aller jouer sur un paquebot…

Selon le rapport, les jeux produits trouvent - dans leur grande majorité – preneur. Du côté du neuf, les soldes permettent d’écouler les stocks restants. J’ai pu échanger sur ce sujet avec un gérant de plusieurs boutiques qui m’a confirmé ne jamais mettre de jeux au pilon pour causes d’invendu. Le marché de l’occasion des jeux de société est de plus très vif, disposant de sites dédiés (Okkazeo, pages Facebook, forums…). Ceci garantit également un plus faible impact environnemental.

Pour se donner un repère sur le long terme, il me semble qu’il faut toujours en revenir à l’accord de Paris : il stipule que nous devons avoir une empreinte carbone de 2 tonnes par habitant et par an pour limiter l’augmentation de température à 2° en 2050. Aujourd’hui, un français est à, environ, 11,2 tonnes (données du ministère de la transition écologique et solidaire de 2010). L’objectif de 2 tonnes n’est d’ailleurs plus valable car du retard a été pris depuis l’accord de Paris. Si on s’en tient néanmoins à cet objectif, un gros jeu, c’est 0,2 % de l’empreinte cible, 0,06 % pour un jeu moyen et 0,035 % pour un petit jeu. Dans le cadre de l’accord de paris, une consommation raisonnée de jeux de société me semble donc envisageable, surtout qu’un jeu profite à plusieurs personnes. Par contre, on dirait bien que l’acquisition de nombreux jeux par an ne soit pas compatible. Imaginez qu'acquérir 5 gros jeux occupera 1% de votre impact carbone, alors qu'à 2 tonnes par personne, nous ne disposerons d'aucune marge de manœuvre.

« Relocaliser une production en France, même si cela implique de multiplier les acteurs et intermédiaires, s’avérera toujours moins impactant qu’une production chinoise en termes de GES. »



Lors d’un débat sur la production des jeux en Chine, il y a toujours un petit malin pour expliquer que les cargos émettent moins de Co2 que les camions et que donc produire à l’autre bout du monde est préférable.


Le rapport est clair sur ce point : il faut produire au plus proche des lieux de vente. Il s’appuie sur un comparatif des émissions à l’international et sur l’expérience de l’éditeur Opla. L’étude appliquée au jeu l’Empereur (Opla) produit en France montre une réduction des émissions par 10.

« Une démarche éco-responsable peut amener à une réflexion sur l’optimisation des derniers kilomètres, en impliquant toutes les parties prenantes de l’industrie du jeu de société: boutiques, éditeurs, distributeurs, intermédiaires, etc… »



La question des derniers kilomètres est également explorée par le rapport : sans surprise, plus le jeu est proche du lieu de vente (usine, port), moins l’impact est important. Le rapport conclu sur la nécessité d’une réflexion entre l’ensemble des acteurs. Il me semble pourtant que le secteur ne détient pas les clés en la matière : c’est à l’UE ou aux états de favoriser des modes de transports écoresponsables.


Concernant les transports dans leur ensemble la volonté des gouvernements est nécessaire. La Suisse a par exemple une politique ambitieuse de ferroutage pour les camions traversant le pays ainsi qu'une politique ambitieuse de transports en commun. Il y a en effet des trains et des gares dans presque tous les villages avec un nombre de dessertes important. En France, nous avons tous vu des gares se fermer et le nombre des dessertes diminuer. Côté ferroutage, on peut lire sur le site du département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication que « l’article constitutionnel sur la protection des Alpes exige que le trafic marchandises transalpin s’effectue par rail et que les capacités des routes de transit des régions alpines ne soient pas augmentées. ». La loi Suisse se donne pour objectif de 650000 poids lourds transportés par rail sur environ 950000.



Si un tel volontarisme existait de notre côté de la frontière, la question du transport serait peut-être plus aisée à résoudre.

« En évitant d’ajouter un élément non indispensable, on réduit l’impact environnemental de nos jeux. »



Le rapport aborde également le contenu de nos boites de jeux. Le plastique et le métal sont clairement problématiques.


Les boites en métal sont selon l’étude à éviter du fait des émissions de Co2 mais également pour plusieurs autres raisons dont l’épuisement des matières premières.
Concernant le plastique le rapport se focalise sur l’insert thermoformé qui alourdit considérablement (5%) les émissions de Co2 lors de la production d’un jeu. L’étude se penche également sur la question du film plastique sur les boites, inutile sur le plan fonctionnel mais qui serait important sur le plan psychologique. Sa suppression aura en fait peu d’impact en quantité de Co2 émis.
L’étude recommande l’usage de matériaux labellisées, produits durablement, comme le bois issu des forêts labellisées FSC.

Conclusion

Par l’initiative de réaliser cette étude, l’UEJ (union des éditeurs de jeux) s’inscrit clairement dans une démarche responsable qui fait honneur à notre loisir. Les résultats de l’étude implique que certaines pratiques ne sont pas compatibles avec les contraintes environnementales, comme par exemple l’acquisition de nombreux KS chaque année avec plein de matériel inutile et plastique dans les boites.

Au vu des chiffres fournis, notre loisir apparait soutenable et donc une activité d’avenir. Ceci d’autant plus que les jeux seraient produits au plus proche du lieu de vente et proposeront un matériel le plus responsable possible. Il est tout à fait envisageable de pratiquer ce loisir intensivement même dans le cadre de l’accord de Paris, si l’on accepte de limiter ses achats ou de recourir au marché de la seconde main ... et que nous soyons nous-mêmes responsables dans le choix de nos modes de déplacement. C’est une excellente nouvelle !
Par Xavo - 8 août 2021

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